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La fonderie a encore de l’avenir avec AFS Sedan

Alors que les 120 emplois de l'entreprise, anciennement AKERS, étaient encore menacés en décembre, les deux patrons de la boîte ont décidé de reprendre l'activité.

La fonderie sedanaise, située au 80 avenue de la Marne, à Sedan, existe depuis 1882. Rattachée en 1998 par AKERS, un groupe suédois, l'entreprise spécialisée dans la fabrication de cylindres de laminoir (cf. page 17), a commencé à être en difficulté à partir de 2008.

La Semaine des Ardennes : Pourquoi la situation de l'entreprise s'est dégradée ?

Denis MUSZALSKI et Pascal VANDERPOORTE : Comme pour beaucoup d'entreprises, c'est arrivé avec la crise... Dès 2009, on produisait 360 cylindres par an pour un chiffre d'affaires de 24 millions d'euros alors qu'avant nous produisions 900 à 950 cylindres par an pour 38 millions d'euros.

« Nous avons tenu jusqu'ici car tous les employés se sont battus pour que l'entreprise perdure. »

Qu'avez-vous fait alors pour préserver l'entreprise ?

Nous n'avons pas fait de PSE (Plan de Sauvegarde de l'Emploi). Nous nous sommes arrangés pour faire partir que les personnes sauvegardées socialement, c'est-à-dire, les salariés proches de la retraite. Quand on a 35 ou 40 ans et qu'on se retrouve au chômage, c'est très difficile de retrouver un travail ensuite. Nous sommes ainsi passés de 220 à 122 employés en cinq ans.

Cela ne vous a pas permis de relever la tête ?

Non, car nous étions directement en concurrence avec la maison mère à Styckebruk, en Suède. Nous dépendions d'elle pour les commandes et elle nous en a moins relayées pendant cette période compliquée, si bien que le chiffre d'affaires est tombé à 15,5 millions d'euros en 2012. Nous avons tenu jusqu'ici car tous les employés se sont battus pour que l'entreprise perdure.

Cela explique que le groupe AKERS ait souhaité fermer l'entreprise cette année ?

Oui mais ce projet a été avorté grâce, notamment, à l'implication des pouvoirs publics et des autorités locales. Les cylindres de Sedan sont connus mondialement pour leur qualité

Qu'est-ce qui vous a finalement motivés à racheter l'entreprise le 30 décembre ?

Le groupe avait dans l'idée de transformer la production d'AKERS Sedan en la faisant passer des cylindres à des produits de fonderies autres (lingots, staives, etc.). Nous ne croyions pas en ce projet car Sedan était réputée pour la qualité de ses cylindres au niveau mondial et on craignait que supprimer ces produits ne conduise à une fermeture. On aurait pu décider de partir, on n'a pas fait ce choix. On n'a pas voulu abandonner car on est Ardennais et qu'on veut préserver les emplois dans le département.

Dans quelles conditions le rachat s'est passé ?

On s'est lancés dans le rachat de l'entreprise (celui du stock a coûté 755 000 euros ndlr) mais on ne l'a pas fait sans réfléchir, on avait des garanties. On savait que les employés continueraient de s'impliquer et de nous soutenir. Le fait d'être hors d'un groupe et d'être considérés comme une PME pouvait aussi nous permettre d'obtenir des aides comme le BER*. On a, enfin, l'avantage de produire une qualité de cylindres qui est supérieure à celle du siège à Styckebruk et on savait que le groupe pourrait avoir besoin de nous. On a la même qualité que leur entreprise aux Etats-Unis mais elle n'exporte pas et dessert surtout sur le continent américain. « Nous sommes confiants. Nous allons déjà faire en sorte de pérenniser l'existant et pourquoi pas développer l'emploi. »

Vous entretenez de bonnes relations aujourd'hui ?

Oui. Nous avons signé un contrat avec AKERS. Le groupe s'engage à nous acheter 17 millions d'euros de cylindres pour 2014, 15 millions pour 2015 et pour 2016, avec une option pour une 4ème année. Nous avons un contrat d'exclusivité avec eux pour les cylindres. Nous allons aussi redévelopper la production des autres produits de fonderie et le groupe s'engage à nous en commander pour un million d'euros par an.

Vous êtes confiants pour l'avenir d'AFS (Advance Fonderie Services) Sedan ?

Même s'il nous faut rester prudent, nous sommes confiants. Nous allons déjà faire en sorte de pérenniser l'existant et pourquoi pas développer l'emploi. Cela sera possible si les résultats sont à la hauteur de ce que nous espérons pour le développement des nouveaux produits : deux millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014, trois millions en 2015 et cinq millions en 2016. Bref, on a un formidable challenge devant nous.

*Les entreprises implantées dans les Bassins d'Emploi à Redynamiser (BER) peuvent bénéficier d'avantages sociaux et fiscaux.

Article d'Orianne ROGER paru dans La Semaine des Ardennes du 30 janvier 2014